Histoires Brèves

Les contes philosophiques de Jean Rigaud

Bryan mon ami

A en croire l’Auteur, ces sept histoires brèves ne seraient que des transcriptions des histoires racontées par l’Oncle Bernard, qui lui avait fait « connaître et pénétrer l’univers des Îles de la Sonde, » qui était « l’ami de Bryan dont il [l’] entretint souvent, le rebelle sans emphase ni éclat, l’humaniste humoriste, ironique envers lui-même et le monde. »

On se demande, toutefois, jusqu’à quel point Jean Rigaud n’a pas investi Bryan des qualités récurrentes chez les héros de ses autres livres, doués pour faire des rencontres étranges, et qui parviennent généralement à surmonter les dangers auxquels ils sont confrontés.

Ou peut-être ne s’agit-il que d’une coïncidence, Bryan étant effectivement ce solitaire, ce « free-lance », qui puise en lui-même la force de poursuivre un chemin que personne n’a tracé pour lui, sans être, pour autant, étranger à la civilisation où il a de moins en moins sa place.

Le Temps qui passe

Le temps passe, de la moyenâgeuse « Dérive » à la contemporaine « Galerie », les civilisations évoluent, baignant chacune des neuf histoires brèves dans une réalité différente ; seul le danger est permanent, qui plane dans toutes sans être jamais clairement défini. Il n’est cependant pas inquiétant aux yeux des protagonistes qui l’acceptent sans éprouver l’angoisse que pourrait déclencher l’inconnu. De cette contradiction émane une étrangeté, un fantastique non agressif qui apparaît comme le milieu naturel de l’humanité. Tout se passe comme si Jean Rigaud voulait nous pousser à nous interroger : notre situation en ce monde n’est-elle pas empreinte d’ignorance face à l’invisible qui nous circonscrit de toutes parts, mais en même temps n’est-il pas impératif que nous fassions front pour nous le concilier et peut-être le pénétrer quelque peu ?

Wong

Histoire d’un spectateur qui fut marchand, pirate, et sans doute amoureux.

Dans un Moyen-Orient géographiquement et historiquement peu précisé mais aussi vrai que nature, Wong, tombé en disgrâce après la mort de l’émir, se remémore par bribes les rencontres qui avaient émaillé ses errances passées, et les quatre dernières années où il s’est laissé immobiliser en ce lieu par l’amour de la Princesse. Il songe à reprendre sa vie de marchand navigateur, mais son bateau est détruit, et c’est à pied, à travers un désert hérissé d’obstacles démesurés, qu’il lui faudra gagner un autre port – d’où repartir.
Sur ce canevas, qui serait simple s’il était linéaire, sont tissées anecdotes savoureuses ou cruelles, méditations poétiques ou philosophiques, descriptions envoûtantes parfois, évocatrices toujours.

En fait on ne peut pas résumer Wong. On ne peut qu’y entrer.

Postface du Professeur Michel LEROUX

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La Roue de Fortune

Malgré quelques références qui situent l’action dans les années soixante, malgré l’ampleur et la précision de l’évocation de décors aussi variés que le Midi, Londres ou l’Irlande, le milieu où baignent les personnages déborde largement un cadre strictement social, localisé et daté. Le roman nous entraîne aux confins d’un certain fantastique qui ne revêt jamais la forme de l’invraisemblable ; plutôt celle d’un imaginaire qui frise la voyance au delà des apparences. Un mystère impalpable plane, trop fondamental pour être élucidé, inhérent à la condition même des choses dans l’univers.

Une affaire, obscure, de fausses Livres Sterling à échanger contre des vraies provoque, au fil des pages, dans une sarabande parfois comique, la mort d’un certain nombre de malfrats.
Mal à l’aise, décalé face aux autres, Horatio en « vacances » (dans tous les sens du terme) va de l’avant sans faillir, mais sans bien savoir vers où.
Les deux situations se croisent, déclenchant l’intervention de personnages énigmatiques, dont les liens avec le Cosmos (jamais formellement avérés) guident Horatio sans qu’il s’en rende clairement compte. Il ne manque pas de sensibilité à la pregnance des forces de la Nature qui l’environne, mais il est loin de saisir tout ce que peut masquer l’immédiate quotidienneté des faits.

Dans le vaste labyrinthe du Monde, quelle est l’autonomie de l’homme, à la fois conditionné par la grille de la civilisation (dont la fausse monnaie peut être vue comme l’emblème) et soumis à l’influence de forces mal déterminées ? Emporté dans le cycle du devenir, le héros (qui à la fin du livre n’est même plus tellement friand de la vraie monnaie qu’il a obtenue) réussira-t-il à se cerner lui-même, à prendre ses marques, à émerger davantage encore?

Postface du Professeur Michel LEROUX

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Le Serpent dans le Basalte

Croyant exécuter les dernières volontés d’un mourant, Greg, cadre supérieur bien intégré, venu passer des vacances solitaires au bord d’un lac nordique, est entraîné dans un parcours souterrain qui le mènera à tuer le serpent ; à être confronté à lui-même sous des aspects qu’il ne soupçonnait pas, par le biais de manifestations inattendues surgies de la terre ou du roc ; à se retrouver prisonnier d’une belle séductrice qui avait assis son pouvoir sur une horde de marginaux en organisant un rituel autour du serpent… Lorsqu’il réussira enfin à surmonter toutes ses épreuves, grâce, pour une part, à l’aide de personnages épisodiques mystérieux, il ne sera plus le même homme.

Entre temps Laura, universitaire dont l’activité secondaire d’agent des services secrets vient d’arriver à son terme, est partie rejoindre son frère Greg au bord du lac.

Postface de Nadine KATZ

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Chroniques de l’Ordre Blanc

Venus d’une autre planète, ils se disent « Fils des Etoiles », dont la vocation est de protéger la terre contre les vampires ennemis de la lumière. Quiconque est admis dans l’Ordre lui doit obéissance aveugle et abdique toute individualité, toute sensibilité, tout commerce avec qui n’est pas revêtu du manteau blanc. Mais peu à peu, à travers les âges, le doute s’instille dans l’esprit de certains des membres de cette caste soi-disant « supérieure ».
Ceux-là commencent alors à prendre conscience qu’en dehors de la structure aérienne dont ils ont appris à s’enorgueillir, la terre recèle des Eléments, souterrains ou aquatiques, dont la plénitude est riche de tout ce qui manque à l’Ordre.
Texte poétique, épique, qui nous entraîne dans un monde imaginaire étrange mais pas étranger.

Postface de Nadine KATZ

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Fleuve

Ni son action au sein du corps social, ni sa culture, n’ont constitué un enracinement pour Pietro. Il semble donc tout désigné pour se laisser emporter par le fleuve en crue. D’autant plus que, à l’encontre des autres héros de Jean Rigaud, la volonté qui dicte l’initiative n’est pas une composante majeure de son comportement. D’un bout à l’autre de son étrange épopée, où le temps élastique et disloqué transforme le visage des choses, il est dirigé, voire manipulé, par ceux qui s’occupent de lui. Il émergera pourtant de son incursion dans le monde polymorphe du fleuve un peu plus en possession de lui-même.

Mais la clé de son aventure n’est pas aussi simple qu’elle lui apparaîtra finalement. D’autres personnages sont amenés à s’intéresser à l’affaire, et chacun en offrira sa propre vision, contribuant à confirmer que le mystère est toujours sous-jacent et que la frontière entre mythe et réalité est bien incertaine.

Postface du Professeur Michel LEROUX

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Orientation

Le raz-de-marée a tout englouti. Sur le haut plateau le narrateur, isolé, se met en marche, muni de quelques instruments, produits non renouvelables d’une haute technologie, échappés au cataclysme. Les contrées qu’il traverse sont peuplées, quand elles sont peuplées, de tribus très archaïques figées dans l’immobilisme. Elles lui accordent toujours l’hospitalité, mais pour un temps seulement : à chaque halte sa différence le fait rejeter car la perturbation que son passage engendre est délétère.
Il souhaiterait pourtant s’intégrer à nouveau ; il se sentait si bien, naguère, quand il avait sa place dans la société. Cette société si élaborée, il ne la reconnaissait pas encore comme répressive. Son aveuglement se dissipera peu à peu, grâce à des rencontres avec des personnages marginaux et voyants qui sauront lui suggérer d’aller plus loin, encore plus loin vers une aube nouvelle, l’aube qui succède à un effondrement nécessaire. Obligé à une quête qu’il n’avait jamais songé entreprendre, il la poursuit avec énergie. Mais en même temps qu’il émergera à une conscience nouvelle de sa destinée, son pouvoir de destruction ira croissant, jusqu’à sa rencontre finale avec le Minotaure. Y survivra-t-il encore une fois ?

Dans ce récit étrange, en dehors du temps, où le mythe du Labyrinthe est revisité avec des implications nouvelles, se côtoient onirisme et précision technique, déserts inquiétants et quotidienneté ritualisée, interventions d’objets magiques et relents d’oppression totalitaire. Y croire au premier degré semble irréaliste, et pourtant on sent constamment la vérité sous-jacente, intemporelle, et donc actuelle.

Postface de Nadine KATZ

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Itinéraire

Dans les années soixante William Ashfort passe ses vacances dans une Grèce encore peu touristique et pas du tout rénovée.
Qu’y cherche-t-il ? Le sait-il seulement ?
A Khalkis un étranger, rencontré par hasard, lui remet une lettre à transmettre à Genève. A partir de ce moment rien n’est plus normal à ses yeux. Il se lance dans une fuite éperdue pour échapper aux menaces qu’il croit sentir peser sur lui et tombe d’une complication dans une autre, ne réussissant qu’à se mettre à dos toutes les organisations constituées du pays et à perdre tout ce qu’il avait avec lui, son beau cabriolet sport, son passeport, son argent, tout sauf la lettre (dont il ne connaîtra jamais ni le contenu ni l’impact), avant d’être tiré d’affaire par un autre inconnu qui mettra quasiment miraculeusement fin à ses tribulations. Parvenu à Genève à la fin du livre, il lui restera à faire le bilan de ses aventures ; mais le lecteur attentif aura déjà proposé une réponse à notre question initiale : et si c’était à la recherche de lui-même que, sans le savoir, William Ashfort était parti ?

Postface du Professeur Michel LEROUX

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Cavaliers Seuls

L’œuvre de fiction de Jean RIGAUD (1924-2005) s’est élaborée au fil des années 1960-1970, en marge de tout milieu littéraire. On peut y percevoir une série de notations constituant une autobiographie, nullement factuelle mais existentielle. Il disait l’adresser aux dieux tout en gardant à l’esprit le célèbre fragment 34 de Xénophane : « Il n’y eut dans le passé et il n’y aura jamais dans l’avenir personne qui ait une connaissance certaine des dieux. Même s’il se trouvait quelqu’un pour en parler avec toute l’exactitude possible, il ne s’en rendrait pas compte. »

Le livre :


  • Editions : La Palatine
  • Publication : 2007
  • 800 pages
  • ISBN : 978-2-7103-2967-1
  • 27 €

20 exemplaires ont été tirés de cet ouvrage sur Centaure Ivoire hors commerce, numérotés de 1 à 20, constituant l’édition originale.

Le contenu :


  • Les 7 longs-métrages:
    ItinérairerientationFleuveLes Chroniques de l’Ordre BlancLe Serpent dans le BasalteLa Roue de FortuneWong
  • Les 16 histoires brèves : elles sont réunies sous les titres Bryan mon ami (7) et Le temps qui passe (9).

4ème de couverture

Sous le titre de Cavaliers seuls est réuni l’ensemble de l’œuvre de fiction de Jean Rigaud, soit sept longs métrages et deux recueils d’histoires brèves.
Très influencé par le cinéma, l’auteur excelle dans les scènes de mouvement rapide et dans les ellipses. L’effet produit est celui d’un labyrinthe aux détours habilement tracés : par-delà les tribulations existentielles et relationnelles des personnages centraux, qui forment la trame des récits, il nous introduit dans un univers à triple fond. Une lecture du premier degré ouvre un large éventail de situations plus ou moins familières, de la poursuite automobile au naufrage d’un vaisseau spatial, de la noyade dans un fleuve en crue à une rixe sur un ferry pris clans la tempête, d’une parodie de cérémonie cultuelle dans une communauté sous influence aux méthodes inédites d’un chercheur d’or, ou de l’aventure sur des mers lointaines à l’exploration de temps anciens. Mais à travers le réalisme et l’humour inhérents aux reportages, et sous la puissance visuelle et poétique de l’évocation des lieux, perce une réflexion sur ces questions, fondamentales pour l’homme d’aujourd’hui, comme, par exemple, l’exercice du pouvoir, l’aptitude à conquérir sa liberté… A quoi s’ajoute, au-delà de nos préoccupations contemporaines, un regard sur la relation de l’homme au cosmos, propre à nous faire réfléchir à notre tour sur la validité de nos jugements et de nos choix personnels. En somme, un volume susceptible de devenir un livre de chevet et de le rester longtemps.

Chronologie de l’activité créatrice de Jean Rigaud :

Une nuit de 1962 ou 1963 il fit un rêve si vif qu’il se sentit enjoint de l’écrire. Ce devait être Orientation. Manquant d’entraînement, il préféra se faire d’abord la main sur un sujet plus facile. Ainsi se forgea Itinéraire. L’une et l’autre histoire ont fait l’objet de nombreux remaniements ultérieurs, de même que toutes celles qui suivirent, à l’exception de Wong, le plus autobiographique de tous ses livres, écrit d’un jet en 1973-1974, qu’il ne souhaita jamais reprendre ni même relire.
À la même époque, au retour d’une descente du Pô en kayak, Jean Rigaud conçut le premier état de Fleuve, destiné d’abord à figurer dans un futur ensemble de ces Histoires brèves qui surgissaient de temps à autre dans son esprit pour trouver forme dans l’écriture.
À une date assez précise encore, 1978, peut être assignée la majorité du travail sur Le Serpent dans le Basalte, tandis qu’au fil de la même décennie, étaient déjà apparus en arrière-plan la plupart des Fragments des Chroniques de l’Ordre blanc. Quant à La Roue de Fortune, elle fut, au départ, avant 1968, imaginée comme un jeu astrologique – l’Astrologie a toujours intrigué Jean Rigaud en raison de son exceptionnelle pérennité, sans qu’il ait jamais acquis aucune certitude en la matière – mais le texte s’est révélé si fertile en retentissements que son auteur l’approfondissait encore à la veille de sa mort.

Le sort des manuscrits :
Lorsque la source de son écriture s’est tarie, il a cessé d’écrire de la fiction. Au rebours des artistes professionnels qui doivent perdurer dans l’exploitation de leur veine, il a délibérément relégué ses manuscrits dans un coffre, et seules les objurgations d’une poignée de lecteurs privilégiés lui avaient, peu avant sa disparition, fait accepter l’idée que ses écrits soient publiés.

L’œuvre : une quête non délibérée, qui se révélera initiatique :
Dans chacun des récits, tous ancrés dans un contexte différent, le protagoniste, un homme normal, traverse une succession d’aventures des plus variées. Sans en avoir conscience, il est soumis à des forces cosmiques, énigmatiques, dont la nature ne sera pas élucidée. Nous sommes en présence de variations sur la notion de correspondance entre macrocosme et microcosme. À l’inverse de la pression sociale qui n’est jamais en cause directement, les forces en question sont diffuses. Si le héros (qui n’en est pas un) parvient cependant, fût-ce à son insu, à entrer en phase avec elles, c’est sa liberté qu’il exercera. Un parcours labyrinthique l’achemine ainsi vers une forme d’individuation par déprogrammation. On pourrait, de ce point de vue, parler de Bildungsroman, si le concept n’était pas déjà accaparé par les tenants du recours à l’enfance aspirant à une intégration sociale.

L’atmosphère symbolique :
On peut qualifier de récits philosophiques ces livres qui évitent tout discours socio-psychologique ; qui préfèrent explorer la complexité des relations entre l’homme et le cosmos au travers de fictions, des fictions d’où émane une atmosphère fantastique dénuée toutefois de surnaturel. Ce climat particulier sourd de la perception globale qu’avait du monde un auteur aussi sensible aux réalités cachées qu’étranger à toute pratique occultiste.

L’empire des images :
Si le style est soutenu, il reste toujours clair, souvent réaliste, voire cinématographique. Il est surtout marqué par la précision visuelle des mouvements et le pouvoir évocateur d’un imaginaire très fertile.

Quel lecteur peut se retrouver dans ces livres ? :
Cet ensemble d’aventures à la limite de l’étrange doit favoriser la rencontre de l’œuvre de Jean Rigaud avec un lectorat réceptif à une démarche qui déborde la présentation du quotidien autant qu’elle bouscule le nombrilisme descriptif ou analytique, lesquels font aujourd’hui florès dans la littérature.

Déclaration de l’auteur qui, l’une des rares fois où l’on parvint à lui faire dire quelques mots sur les fondements de son écriture, écrivit dans une lettre informelle à un ami:

« J’ai eu l’impression d’explorer un pan du monde, de rechercher une liaison existentielle entre l’homme et la matière, où les éléments, où des états de conscience très différents, des symboles divers, des expériences apparemment déconnectées étaient présentés simultanément, dans ce tourbillon cosmique où nous sommes immergés. »

Jean Rigaud

Bibliothèques ayant acquis « Cavaliers seuls »

  • Bibliothèque Abbé Grégoire à Blois
  • Université de Clermont-Ferrand, UFR de Lettres
  • Bibliothèque départementale des Alpes de Hautes-Provence à Digne
  • Bibliothèque municipale de Dijon La Nef
  • Bibliothèque de l’Ecole Normale Supérieure à Lyon
  • Bureau de la Lecture  de l’Ambassade de France à Madrid
  • Médiathèques de Quimper-Communauté
  • Médiathèque de la Communauté d’Agglomération à Sophia-Antipolis
  • Bibliothèque du Portique à Strasbourg
  • Bibliothèque départementale d’Indre-et-Loire à Tours